Des biodéchets au compost : la méthode inédite qui permet de régénérer les sols en circuit court
Chaque année en France, des milliers de tonnes de biodéchets sont incinérés ou enfouis au lieu d’être utilisés pour nourrir des sols qui tendent à s'appauvrir. Au bord de la Méditerranée, « Les Alchimistes Côte d'Azur » tentent de répondre à ces deux défis par la production d’un compost de haute qualité, pour les exploitants agricoles locaux. Les agriculteurs peuvent ainsi nourrir naturellement leurs sols et générer plusieurs bénéfices écologiques, comme stocker du carbone, améliorer la biodiversité du sol ou encore la capacité d’infiltration de l’eau. L’entreprise développe une méthode de valorisation de cette démarche au profit des agriculteurs et a fait appel à Bureau Veritas pour structurer cette démarche inédite. Explications.
Sous le soleil de la Côte d’Azur, un camion avance lentement sur le chemin caillouteux qui traverse un vaste domaine viticole. Soudain, le véhicule s’arrête au bord d’une parcelle. Sous la supervision du viticulteur, il déverse le précieux contenu de sa remorque : des dizaines de mètres cubes d’un compost destiné à nourrir le sol de l'exploitation.
Cette matière organique de haute qualité est produite par Les Alchimistes Côte d'Azur, entreprise créée en 2018 et membre d'un réseau national spécialisé dans la collecte et la valorisation des biodéchets. Avec 500 points de collecte, près de 3 500 t de déchets alimentaires collectés et 1 000 t de compost produites chaque année, l'antenne basée à Toulon s'est imposée comme l'un des acteurs locaux majeurs sur ce marché.
Si le modèle séduit autant, c'est parce qu'il répond simultanément à deux défis environnementaux locaux. « D’un côté, les sols méditerranéens sont historiquement pauvres en matière organique et retiennent difficilement les eaux de pluie, explique Anja Stoll, responsable recherche et développement chez Les Alchimistes Côte d’Azur. De l’autre, une grosse partie des déchets alimentaires échappent à la collecte et finissent incinérés ou enfouis. Malgré la loi AGEC de 2024 qui demande à tout producteur de biodéchets de les valoriser de manière séparée, la mise en place de solutions de valorisation tarde sur les territoires.»
Un fonctionnement en circuit court
À la croisée de ces deux enjeux, le modèle de la PME repose sur un triptyque simple :
- collecter : les équipes démarchent les hôtels, les restaurants, les cantines, les EHPAD, les hôpitaux ou les entreprises de la grande distribution pour nouer des partenariats et récupérer les déchets organiques qui échappent encore à la valorisation ;
- trier : la qualité du compost se joue bien avant son arrivée sur les plateformes de traitement. L’entreprise forme ses clients au tri et vérifie ensuite les déchets collectés. Un double niveau de vigilance qui garantit une matière organique la plus pure possible avant sa transformation ;
- composter : au terme du processus, Les Alchimistes Côte d’Azur produisent un compost brut et non tamisé, utilisable en agriculture bio et très recherché notamment par les viticulteurs, qui forment une majorité de leur clientèle.
Particularité du fonctionnement de l’entreprise : son champ d’action local. « Nous ne dépassons jamais un rayon d'une centaine de kilomètres », souligne Anja Stoll. Une approche qui réduit les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports et qui participe aussi à la souveraineté des exploitations agricoles. « Les approvisionnements en fertilisants importés peuvent être fragilisés du jour au lendemain, comme le rappellent les tensions géopolitiques récentes. ». S’approvisionner de manière locale et prévisible devient un atout stratégique pour les exploitants.
Le challenge : le prix, à ce jour encore important pour les agriculteurs. C’est pour cette raison que l’entreprise développe la méthode de valorisation des bénéfices écologiques générés par l’agriculteur. L’objectif est de diviser le coût par deux à travers un programme de contribution volontaire. Il est ouvert aux entreprises régionales qui souhaitent s'engager dans une démarche environnementale et la valoriser dans leur stratégie RSE et leur reporting CSRD.
Des sols plus fertiles et plus résilients
Collecte locale, processus de fabrication « low tech », financement par des entreprises tierces : ces trois principes directeurs sont les piliers de ce que Les Alchimistes Côte d’Azur ont baptisé la méthode « Terres d’Impact ».
Afin d’étayer et soutenir cette méthode, l’entreprise investit dans la recherche et l’expérimentation pour mesurer concrètement les effets bénéfiques de leur compost sur les sols. Des expérimentations soutenues par l’ADEME ont été lancées sur 12 vignobles partenaires, autour de quatre indicateurs : infiltration d’eau, stockage du carbone, structure du sol, biodiversité. Une doctorante de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) d'Avignon a rejoint l’équipe de l’entreprise pour apporter une validation scientifique indépendante.
Les premières observations sont concluantes : les parcelles traitées retiennent mieux l'eau, séquestrent davantage de carbone et gagnent en fertilité. Ces résultats ouvrent une perspective inédite. « Grâce à l’apport de matières organiques localement produites dans leurs terres, les agriculteurs contribuent à réduire les gaz à effet de serre, à lutter contre la sécheresse et à développer la biodiversité, souligne Anja Stoll. Pourquoi ne seraient-ils pas rémunérés pour cela, comme peut l'être par exemple un exploitant qui plante des haies pour séquestrer du CO2 ? »
C’est en effet le principe de dispositifs comme le Label Bas Carbone. Encore faut-il disposer d’un cadre méthodologique structuré, crédible et auditable pour prouver les bénéfices de « Terres d’Impact ». C’est dans cette optique que Les Alchimistes Côte d’Azur collaborent avec Bureau Veritas.
Pour aller plus loin :
Construire une méthode robuste et auditable
« Nous sommes intervenus très tôt dans le processus, alors que rien n’était encore figé, souligne Solène Quero, docteure en sciences du sol et ingénieure agronome chez Bureau Veritas. Cela nous a permis d’être souples et d’aiguiller l’entreprise dans la bonne direction, dès les premières étapes ».
Bureau Veritas a d'abord soumis aux Alchimistes Côte d’Azur un long questionnaire. « Nous devions comprendre les principes clés de leur démarche, identifier les référentiels existants qui pouvaient s'appliquer, et repérer les points à améliorer ». Parmi les questions : comment les exploitants sont-ils sélectionnés ? Comment le suivi s’opère-t-il ? Comment les mesures de stockage du carbone sont-elles effectuées ? « Cette première étape était déterminante pour mettre à plat notre ambition et révéler les angles morts dans notre réflexion », ajoute Anja Stoll.
Dans un second temps, les équipes de Bureau Veritas ont proposé un plan structuré, avec un manuel d'application à destination des exploitants et des financeurs, un référentiel-cadre et une revue critique qui pointe les forces, les faiblesses et les pistes à approfondir.
Reconnecter la ville aux champs
Place désormais à la rédaction du référentiel in extenso, qui doit être réalisée par Les Alchimistes Côte d’Azur. « Cette première version donnera lieu à une nouvelle revue critique pour affiner la méthodologie » précise Solène Quero. Plusieurs allers-retours sont encore prévus entre les équipes avant la finalisation du document, au cours de l'automne 2026.
Une fois finalisée, « Terres d'Impact » a vocation à dépasser le cadre de la Côte d'Azur. Les Alchimistes Côte d’Azur espèrent voir leur approche reprise sur d'autres territoires et adaptée à d'autres filières agricoles.
Car au-delà de la méthode elle-même, l’ambition est universelle : établir un nouveau lien de la fourche à la fourchette , entre villes et terres agricoles, et rendre aux sols ce que nous en avons consommés.
FAQ – Transformer les biodéchets en compost de grande qualité
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Qui sont Les Alchimistes Côte d'Azur ?
Fondés en 2018 et membres d'un réseau national, Les Alchimistes Côte d'Azur sont spécialisés dans la collecte et la valorisation des biodéchets. Basée à Toulon, l'entreprise compte 500 points de collecte, collecte plus de 3 500 t de déchets alimentaires et produit près de 1 000 t de compost par an. Sa mission est “Ensemble, composter et nourrir les sols”
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Comment produire un compost de haute qualité à partir de biodéchets ?
La qualité du compost se joue dès la collecte. Les Alchimistes Côte d'Azur forment leurs partenaires (restaurants, hôtels, cantines, hôpitaux etc.) à bien trier leurs déchets organiques en amont, et effectuent eux-mêmes un second tri manuel à réception. Ce double niveau de vigilance garantit une matière organique la plus pure possible avant transformation.
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Comment les biodéchets contribuent-ils à régénérer les sols ?
En apportant de la matière organique dans des terres appauvries, le compost améliore leur structure, leur capacité à retenir l'eau et leur fertilité. Les expérimentations menées par Les Alchimistes Côte d’Azur sur douze vignobles partenaires, avec l'appui scientifique de l'INRAE d'Avignon et de l’ADEME, le confirment : les parcelles traitées séquestrent davantage de carbone, résistent mieux à la sécheresse et gagnent en biodiversité.
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Peut-on rémunérer les agriculteurs qui régénèrent leurs sols ?
Oui, des dispositifs comme le Label Bas Carbone permettent déjà de rémunérer les exploitants qui contribuent à séquestrer du CO2 dans leurs terres. Pour y prétendre, il faut une méthode documentée et auditable prouvant les bénéfices écologiques. C'est précisément l'objectif de la collaboration entre Les Alchimistes Côte d’Azur et Bureau Veritas : structurer la démarche « Terres d'Impact » pour qu’elle soit reconnue et qu’elle permette une juste rémunération des agriculteurs.