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Un petit chalutier de pêche dans un port breton

Comment décarboner la pêche ?

25 jan. 2025 - 2 min

Les objectifs de neutralité carbone concernent tous les secteurs d’activité… y compris en pleine mer ! En Bretagne, Bureau Veritas Living Resources a participé à une vaste étude sur les différentes méthodes pour décarboner les navires de pêche. 

Ils sont plus de 1 200, le long des côtes bretonnes et au large… Première zone de pêche française, la Bretagne est aussi la région qui concentre la majorité des bateaux de pêche, avec près du tiers de la flotte tricolore. La filière emploie 5 000 marins et génère un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros : une ressource économique majeure pour le territoire.

Aujourd’hui, pas d’exception : niveau propulsion, tous ces navires utilisent le gazole. Une énergie certes très efficace pour des sorties en mer, mais aussi très polluante et à l’empreinte carbone élevée... La flotte bretonne consommerait environ 100 millions de litres de ce carburant chaque année. Alors que tous les secteurs se penchent sur la manière de décarboner leur activité, Bureau Veritas Living Resources, en collaboration avec Hinicio – acteur français de l’hydrogène – a récemment mené une vaste étude sur cette question.

« Nous avons commencé par un état des lieux extrêmement précis, raconte Elsa Gautheret, Chargée d’Etudes chez Bureau Veritas Living Resources. En nous appuyant sur toutes les données disponibles (Ifremer, France Agrimer, DIRM NAMO, etc.) nous avons recensé l’ensemble des navires de pêche de la flotte bretonne, classés ensuite par catégories. »

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Définir des trajectoires

Car les enjeux diffèrent fortement selon les caractéristiques du bateau : la taille, la durée de ses sorties en mer (les besoins en énergie ne sont pas les mêmes pour une sortie d’une journée et pour une sortie de 10 jours), la distance des côtes (navigation à proximité ou en pleine mer) ou encore le type de pêche pratiqué. « Il faut distinguer l’art dormant, une pêche passive par exemple à l’aide de casiers que le bateau dépose et vient récupérer plus tard, et l’art trainant, pratiqué notamment par les chalutiers. Il nécessite de se déplacer pour pêcher, ce qui requiert une puissance bien plus importante ! ». La catégorisation permet ainsi de définir les usages, et proposer in fine des solutions adaptées aux besoins.

À partir de cet état des lieux, Hinicio a travaillé sur 2 hypothèses à base d’hydrogène :

  • Une hypothèse « conservatrice » : d’ici 2050, éviter 100 000 tonnes de CO2 par an. Cela implique un investissement de 400 millions d’euros pour construire 430 navires ;
  • Une hypothèse « volontariste » : d’ici 2050, éviter 180 000 tonnes de CO2 par an. Cela implique un investissement d’un milliard d’euros pour construire 760 navires.

« Il s’agit d’un budget très important, convient Elsa Gautheret, que des financements européens pourraient toutefois accompagner. Mais il reste des problèmes très pratiques à régler, comme celui de la place à bord : en termes d’encombrement, 1 volume d’hydrogène prend 5 fois plus d’espace qu’1 volume de gazole ! Ce travail prospectif montre qu’il faut atteindre une plus forte maturité technologique. C’est aussi une manière d’initier la réflexion parmi les comités des pêches et les groupements professionnels. Ces organismes jouent, en effet, un rôle de prescripteur auprès des propriétaires de navires. »

Des recommandations opérationnelles

Outre l’hydrogène, d’autres solutions existent pour décarboner la flotte. L’électrique par exemple pourrait convenir aux conchyliculteurs, aux pêcheurs qui n’effectuent que de courtes sorties près des côtes. Quant au biocarburant, il pourrait se substituer au gazole, moyennant une adaptation des moteurs.

« Tout est question d’écosystème, résume Jill Galland, responsable innovation et industrie de Skyborn Renewables, développeur de parcs éoliens en mer, et à l’initiative de la démarche aux côtés de Vattenfall et BlueFloat Energy. Lorsque nous envisageons de créer des parcs dans certaines zones maritimes, nous prenons soin de nous inscrire dans un projet de territoire. C’est pourquoi nous avons financé cette étude qui vise à analyser les autres pistes de décarbonation à l’échelle locale. Il n’y a pas de réponses uniques mais une multitude de solutions à déployer. Bureau Veritas Living Resources a mené un travail à la fois stratégique et opérationnel pour identifier des pistes concrètes… et faire que ce rapport soit suivi d’actions ! »

« Mobilisation de financements publics et privés, structuration d’une chaîne d’approvisionnement pour alimenter les ports en énergie décarbonée, création d’un cadre de confiance… Notre rapport final formule des recommandations très concrètes pour engager la filière dans cette nouvelle direction. Le défi semble réaliste : d’après nos estimations, le surcoût du poisson décarboné serait de 1 €/kg pour les consommateurs. »

 

La robustesse de l’étude

L’étude repose sur une méthodologie stricte, nourrie par un vaste panel d’acteurs de la filière : comité régional des pêches, RICEP, coopération maritime, organisation de producteurs « Les pêcheurs de Bretagne », Union des Armateurs à la Pêche de France, Parlement européen… Objectif : recueillir des avis variés sur les potentiels de décarbonation de la flotte.

 

Pour aller plus loin

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Dispositif des Certificats d'Economies d'Energie (CEE) : Un nouveau financement disponible pour décarboner les flottes de navires

La consommation de carburant est un enjeu majeur pour l'industrie de la pêche, impactant à la fois les coûts d'exploitation et l'empreinte environnementale. Une nouvelle fiche CEE intitulée TRA-EQ-132  a été créée le 1er janvier 2025 pour encourager l'installation d'appareils de mesure, d'analyse et d'optimisation de la consommation de carburant sur les navires de pêche.

Cet équipement offre plusieurs fonctionnalités clés : un affichage en temps réel de la consommation instantanée, l'enregistrement des données de consommation de carburant et de vitesse de navigation sur une période d'au moins six ans, ainsi que la possibilité d'exporter ces données pour une analyse approfondie. Grâce à ces informations détaillées, les armateurs pourront mieux comprendre leurs profils de consommation, identifier les zones d'optimisation et mettre en place des mesures concrètes pour réduire leur impact environnemental tout en maîtrisant leurs coûts. 

Cette nouvelle prime CEE s'inscrit dans une dynamique globale visant à rendre l'industrie de la pêche plus durable et performante ! Les experts de Capital Energy, filiale Bureau Veritas, proposent des solutions techniques pour optimiser investissements et financements en décarbonation.  

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