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C'est qui le patron_©Arnaud Chevalier Landemont

« C’est qui le patron ?! » : quand consommateurs et producteurs reprennent la main

26 fév. 2025 - 2 min

C’est l’histoire d’une brique de lait bleue emblématique qui a conquis les rayons des supermarchés. En huit ans d’existence, la démarche « C’est qui le patron ?! » s’est imposée comme LA marque des consommateurs qui tient sa promesse de juste rémunération des producteurs. Un engagement pour lequel Bureau Veritas se porte garant.

En 2016, la crise de la fin des quotas laitiers fait rage. La baisse des prix précarise les producteurs, dont la rémunération ne suffit plus à couvrir les charges. Dans ce contexte de vulnérabilité accrue, une idée simple mais novatrice émerge : définir à l’avance un prix qui assure une rémunération équitable. « C’est qui le patron ?! » emporte l’adhésion et devient le plus grand succès agroalimentaire français des trente dernières années.

Aujourd’hui, le lait et les deux beurres bio de la marque sont les plus vendus en France (hors marque distributeur). Et la démarche s’élargit : 17 types de produits sont désormais intégrés au projet, des œufs au miel en passant par les tomates concassées.

Une aventure collective et solidaire

L’originalité de la démarche réside dans la participation directe des consommateurs. En tant que sociétaires, ils votent en ligne pour définir les critères du cahier des charges des produits : combien de mois de pâturage pour les animaux ? D’où doivent provenir les fourrages ? Quel type d’emballage ? etc.

« Les préoccupations actuelles des consommateurs sont prises en compte pour définir les critères des cahiers des charges », remarque Mélanie Carel, responsable des opérations chez Bureau Veritas. Par exemple, pour le lait « C’est qui le patron ?! », l’absence d’huile de palme dans l’alimentation des animaux et les points de bien-être animal sont vérifiés. 

Autre révolution : le processus pour fixer le prix de vente. Les acteurs de chaque filière commencent par définir eux-mêmes le prix qui leur permet de se rémunérer correctement, en fonction de chaque méthode de production. Ensuite, les consommateurs reçoivent un questionnaire et votent sur des critères de production et de fabrication. Cela fait varier le prix de vente, jusqu’à parvenir à un équilibre entre le prix juste prédéterminé par les agriculteurs et celui que les consommateurs sont prêts à payer.

Par exemple dans le cas du lait : si les consommateurs optent pour des fourrages d’origine locale (à moins de 100 km de l’exploitation), le prix final sera plus élevé que si le choix se porte sur des fourrages provenant du monde entier.

De ce processus collectif et collaboratif émergent des points de contrôle (qui répondent aux attentes des consommateurs) et un prix (qui rémunère convenablement les producteurs). Par ailleurs, les prix sont régulièrement révisés pour maintenir la juste rémunération promise.

Une démarche vérifiée et transparente

Après le vote en ligne des consommateurs, les intervenants de Bureau Veritas vérifient la conformité des points de contrôle à chaque étape de la filière concernée selon les cahiers des charges, chez le producteur, chez le transformateur. « Nous réalisons environ 200 audits par an, après avoir procédé à un échantillonnage basé sur une analyse de risque, pour déterminer chaque année qui recevra la visite de nos inspecteurs », détaille Mélanie Carel.

Les audits se déroulent toujours sur le terrain et ont lieu en trois étapes :

  • Un audit documentaire : « Nous vérifions les factures d’alimentation ou la trace d'éventuels achats d’animaux, explique Julien Cousin, inspecteur agroalimentaire chez Bureau Veritas. Nous nous assurons également que la rémunération attendue par le producteur a bien été versée ».
  • Un audit visuel : lorsque c’est nécessaire, l’inspecteur vérifie la cohérence des informations obtenues lors de l’audit documentaire, comme les stocks de nourriture. Mais pas seulement : « Dans le cas d’une exploitation laitière, nous contrôlons le respect de la surface de pâturage, du bien-être animal, l’état de propreté des bovins et des bâtiments », poursuit Julien Cousin. 

    Autre modalité : un entretien avec l’exploitant.

  • Un compte-rendu est rédigé et remis notamment au producteur, à la laiterie et à « C’est qui le patron ?! ».

Les cahiers des charges sont mis à jour selon les besoins, « en fonction de l’actualité ou à la suite de remontées terrain », indique Mélanie Carel. Bureau Veritas démontre sa grande agilité en s'adaptant constamment à ces modifications. « Nous entretenons un partenariat basé sur la confiance et les échanges constants ».

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Enrayer le déclin agricole

Des échanges qui se sont traduits en 2024 par une expérience inédite : des sociétaires de « C’est qui le patron ?! » ont participé à des visites d’inspection. C’est le cas d’Éric, qui s’est rendu dans une exploitation laitière de Lapenty, dans la Manche. « Cela permet de mieux comprendre le travail d’audit et de voir que les points de contrôle fixés par les consommateurs sont bien respectés », s’enthousiasme-t-il.

Les équipes de Bureau Veritas proposent également des améliorations régulières. « Les sociétaires comptent sur nous pour pointer des incohérences ou suggérer l’ajout de points de contrôle, détaille Mélanie Carel. Nos équipes sont fières d’accompagner une initiative qui permet aux agriculteurs de vivre correctement et de contribuer à créer la confiance. »

Dans les prochaines années, le partenariat avec « C’est qui le patron ?! » promet d’aller encore plus loin. « Nous échangeons pour aller plus loin dans la vérification de la notion d’équité de de la démarche », dévoile Mélanie Carel.

Et à court terme, l’objectif de CQLP vise surtout au recrutement de nouveaux sociétaires et de nouveaux producteurs dans la démarche. Dans un contexte où 27 exploitations agricoles mettent la clé sous la porte tous les jours, « C’est qui le patron ?! » apparaît comme une solution pertinente et adaptée pour enrayer un déclin qui semblait inexorable.

 

Les chiffres clés du succès

  • Une meilleure rémunération : le chiffre d’affaires des éleveurs multiplié par 2,1 entre 2016 et 2024

  • Moins de stress au quotidien : 96 % des producteurs ont retrouvé confiance dans l’avenir

  • Plus de temps libre : 73 % peuvent désormais prendre une semaine de vacances par an.

Source : Manifeste « Qui décide ? Nous ! »

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