Adaptation au changement climatique : acteurs publics et privés main dans la main
La lutte contre le réchauffement climatique s’est longtemps résumée à diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Mais le paradigme a évolué. La question n’est plus de savoir si la Terre va se réchauffer mais plutôt de combien de degrés. Face à ce constat, s’adapter aux conséquences du réchauffement climatique devient un sujet de réflexion majeur pour les entreprises, collectivités et organismes d’État.
Le Comité 21 a organisé le 25 novembre dernier au Sénat un colloque sur "L’adaptation au changement climatique : l’ardente obligation des acteurs des territoires ". Marc Roussel, directeur général de Bureau Veritas France était invité à témoigner.
« L’adaptation au changement ne peut pas être uniforme : chaque territoire a ses propres problématiques », lance d’emblée Ronan Dantec, sénateur de Loire-Atlantique, en introduction des travaux menés au Palais du Luxembourg à Paris. De quoi poser l’enjeu de ce rendez-vous : face au défi du réchauffement, chaque échelon territorial devra prendre sa part !
« En premier lieu, il faut hiérarchiser les enjeux des conséquences du changement climatique, poursuit Ronan Dantec, également vice-président de la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat. Par exemple, la montée des eaux est un problème de long terme, tandis que la multiplication des feux de forêts est déjà visible. Les collectivités auront un rôle majeur à jouer aux côtés de l’État, en apportant chacune leur vision et leur contribution. »
Partout en France, l’action a déjà commencé
Pour enclencher ce travail, il faut d’abord fixer une trajectoire d’adaptation, c’est-à-dire se projeter sur l'augmentation des températures sur Terre. En 2023, le Conseil national de la transition écologique a défini un chiffre : +4°C d’ici 2100. « Un préalable essentiel ! Avant cela, les acteurs n’avaient pas de base commune, ce qui rendait la réflexion compliquée », explique Ronan Dantec. Désormais, travailler sur une même base aide à anticiper les conséquences liées à cette augmentation de température.
Mais certains territoires n’ont pas attendu pour agir. Exemple à Lille, où la question du manque d’eau pose déjà des problèmes. L’opérateur Veolia a passé un engagement contractuel avec la ville pour réduire la consommation d’eau de 10 %. Et à Toulouse, la municipalité a lancé un programme Toulouse + verte avec, entre autres un plan 100 000 arbres, pour adapter le paysage urbain à l’élévation des températures. « L’action a commencé, souligne Philippe Dessertine, président du Comité 21, structure qui accompagne les organisations dans la mise en place de leur politique de développement durable. De quoi s’inspirer pour imaginer un nouveau modèle de développement, construit avec les territoires ».
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Bureau Veritas en première ligne
Approche collective et préoccupations du terrain : un double préalable pour mieux répondre aux défis. « Avec la trajectoire de +4°C d’ici 2100, nous aurions le climat de Séville à Marseille, celui de Valence à Toulouse et celui de Montpellier à Paris, détaille Diane Simiu, directrice du Climat au ministère de la Transition écologique. Et cela pourrait coûter jusqu’à 10 points de PIB. Toutes les études le prouvent : le coût de l’action aujourd’hui est bien moins important que celui de l’inaction ».
« Le cœur de métier de Bureau Veritas nous positionne en première ligne pour observer à la fois les effets violents et les tendances de fond du changement climatique depuis des années, explique Marc Roussel, directeur général de Bureau Veritas France. Nous voyons les leviers de motivation de nos clients évoluer au fil des années. Et l’adaptation fait désormais partie de leurs préoccupations ».
Exemple avec la rénovation des bâtiments, auparavant principalement motivée par la transition énergétique. Désormais, les clients qui désirent installer des panneaux photovoltaïques sur le toit d’un bâtiment se demandent aussi comment faire en sorte que ce bâtiment soit plus résilient face aux canicules. « Nous sommes ainsi de plus en plus sollicités sur les problématiques d’adaptation, qui visent à préserver la valeur économique d’un bien. Cela convainc plus facilement les acteurs de la nécessité d’agir », souligne Marc Roussel.
Une réflexion commune entre le public et le privé s’impose donc pour aller de l’avant. Du côté de l’État et des collectivités territoriales, « il faut généraliser le réflexe adaptation, comme l’appelle Diane Simiu. Par exemple, dans la commande publique ou en conditionnant les aides aux entreprises. Ces dernières doivent à leur tour se montrer force de proposition pour devenir actrices du changement ».
Repenser un projet de société
Bureau Veritas accompagne déjà les acteurs économiques et les collectivités sur ces problématiques : comme organisme certificateur sur des labels de transition énergétique, ou en assistant les grandes entreprises dans l’évaluation de leur exposition au changement climatique. Le sujet des NaTech fait aussi irruption dans la liste des préoccupations. « Une NaTech est une catastrophe naturelle liée au changement climatique et qui entraîne une catastrophe industrielle », détaille Marc Roussel. De nouveaux risques dont l’occurrence pourrait augmenter dans les prochaines années. Les experts de Bureau Veritas sont d’ores et déjà aux côtés des acteurs concernés pour les aider à s’adapter.
Mais l’addition de solutions techniques ne constitue pas une stratégie d’adaptation : il faut développer une vision globale. « Le changement climatique est la conséquence de choix sociétaux, l'adaptation invite donc forcément à repenser un projet de société », avance Guillaume Simonet-Umaña, Maître de conférences associé à l'Université de Pau et des Pays de l’Adour.
« L’adaptation ne peut réussir qu’en recréant du lien entre les différents acteurs, à l’échelon territorial, conclut Marc Roussel. Les défis climatiques à venir constituent une opportunité à saisir pour mener un travail d’intelligence collective, nécessaire et précieux ».