À Saint-Louis, des maisons « hors-site » impulsent un nouveau “paradigme” de construction
La construction hors-site consiste à assembler sur place les éléments d’un logement, préalablement construits en usine. Bureau Veritas accompagne les acteurs du secteur dans ce mode de construction aux multiples avantages… et au futur prometteur !
Industrialiser les processus : c’est le principe sur lequel repose la construction « hors-site ». À Saint-Louis dans le Haut-Rhin, ce sont 24 maisons individuelles en bois qui vont ainsi voir le jour dans le cadre d’un programme porté par Bouygues Immobilier.
Concrètement, chaque maison se compose de grands modules construits par l’industriel BOOA et acheminés en camion sur le chantier pour y être assemblés. « La méthode comporte de nombreux avantages, à commencer par les délais : 48 heures suffisent pour monter une maison avec une grue, explique Pascal Streicher, architecte et directeur conception régional de Bouygues Immobilier. Les cloisons sont déjà entièrement équipées des différents câbles et tuyaux, il ne reste plus qu’à raccorder les modules aux fondations préalablement réalisées. Ensuite, il faut prévoir environ deux semaines de finitions. Nous porterons une attention toute particulière au stockage, transport et levage des éléments également. Ainsi, la phase conception en construction hors-site prend une importance majeure par rapport aux modes de construction actuels et plus traditionnels. »
Des délais raccourcis mais aussi des aléas de chantier réduits. « Pour les collectivités, cette méthode rime avec nuisances limitées. La gestion des déchets est aussi optimisée, puisque toute la production se fait en usine, simplifiant ainsi leur traitement. C’est donc moins de gaspillage, des coûts réduits et une empreinte carbone optimisée ».
Standardisation et haute qualité
La méthode trouve toute sa pertinence si les procédures sont industrialisées. BOOA propose deux modèles de maison, l’un de 4 pièces d’une surface de 86 m2, l’autre de 5 pièces et 98 m2. Pour assurer le transport par camion, des dimensions précises sont à respecter : pas plus 12 m et une hauteur maximale de 3,3 m pour ne pas entrer dans la catégorie de convoi exceptionnel. « Nos travaux de recherche et développement ont notamment porté sur le toit pour limiter le nombre de modules de bois à assembler » précise Pascal Streicher. Entre la commande et la livraison, les délais sont de 8 mois seulement !
Avec sa structure en bois, ses toits végétalisés et ses équipements comme une pompe à chaleur, la maison type obtient la lettre A du DPE et répond à la RE2020 – seuils 2031. « Et qui dit standardisation dit qualité. Le hors-site est souvent assimilé au préfabriqué, connoté péjorativement. Mais la fabrication en usine améliore le contrôle et réduit les risques de malfaçon, sans empêcher la personnalisation et le geste architectural d’un programme à l’autre ! »
Pour aller plus loin :
Un contrôle technique à repenser
Sur le chantier de Saint-Louis, Bureau Veritas Construction assure les missions de contrôle technique et de coordinateur SPS. « Ce mode novateur de construction implique de nouvelles manières d’exercer notre rôle de contrôleur, souligne Audrey Bacqueroët, directrice commerciale. Par exemple, nous devons prévoir des visites en usine, selon une méthode d’échantillonnage, pour nous assurer de la bonne fabrication des éléments. Ensuite, des contrôles sur site, sont menés après assemblage. »
La présence de Bureau Veritas sur l’ensemble du territoire garantit une bonne réactivité et permet de limiter les déplacements – et donc l’empreinte carbone de la mission. Un contrôleur peut ainsi se charger d’une visite dans une usine, et un autre se rendre sur le site de montage, peu importent les distances. Parmi les points critiques inspectés : la résistance au feu, l’acoustique, les normes parasismiques et l’étanchéité. Des recherches menées sur la conception ont permis de régler tous ces points et de rendre conforme ces logements modulaires. Aujourd’hui, le marché représente 1,2 milliard d’euros et ouvre des perspectives de développement importantes, avec des opportunités en construction neuve comme en rénovation.
Le rôle clef des acteurs comme Bureau Veritas dans l’essor du hors-site
Céline Beaujolin, déléguée générale de l’association « Filière hors-site ».
« Les commandes institutionnelles accélèrent le développement du hors-site. Le ministère de la Justice a ainsi lancé un appel à projet pour la construction de 1 500 places de prisons. Quant au ministère du Logement, il envisage la création de 45 000 logements étudiants d’ici à 2028 conçus sur le principe du hors-site. Avec, dans chaque cas, des exigences élevées en matière de confort ou encore de sécurité !
Ces projets illustrent le potentiel du hors-site dans la construction en France, pays encore en retrait sur ce sujet, contrairement aux États-Unis ou à l’Allemagne par exemple. D’ici 5 ans, le nombre de projets hors-site devrait doubler voire tripler, avec une filière prête à produire les éléments nécessaires, qu’ils soient en 3D (modules), en 2D (panneaux, planchers, balcons, loggias) ou encore correspondant à des éléments à intégrer comme des salles de bains, des gaines techniques …
Cette évolution nécessite des adaptations de toute la filière, notamment au niveau du bureau de contrôle. La donne change : en hors-site, la mission porte surtout sur un accompagnement tout au long de la phase de conception et des prototypes, puis à un échantillonnage des éléments produits, avant un contrôle après assemblage. Cela implique de nouvelles compétences et de nouvelles façons de travailler. L’essor du hors-site ne se fera pas sans des acteurs comme Bureau Veritas, qui doivent intégrer de nouvelles manières de faire. »