Des pistes pour faire décoller “l’aviation durable”
Porté par les améliorations technologiques et opérationnelles, challengé par les enjeux environnementaux et par l’impact résiduel d’une crise sanitaire mondiale sans précédent, le secteur de l’aéronautique doit constamment et rapidement s’adapter à un contexte en pleine évolution. Bureau Veritas se positionne sur le thème engageant de “l'Aviation Durable”.
Zéro émission nette de carbone d’ici 2050. C’est l’objectif fixé par l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile internationale), l’agence de l’ONU spécialisée en aviation civile et regroupant 193 états membres. Établi en 2022 pour répondre au défi climatique, cet objectif fait écho à l’engagement pris par l’ensemble des acteurs du secteur en 2021, sous l’égide d’ATAG (Air Transport Action Group). Un acte fort : il s’agit de l’un des rares secteurs où industriels et régulateurs s’orientent à l’unisson vers le même objectif.
« Tous les acteurs concernés doivent travailler de concert sur un panier de mesures technologiques, opérationnelles, énergétiques et économiques, détaille Philippe Fonta, ingénieur aéronautique et responsable de l’activité aviation durable de Bureau Veritas. Et le monde de l’aviation se mobilise fortement sur ces questions. Les mesures économiques passent essentiellement au travers du système CORSIA (Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation), un régime basé sur des unités d’émissions accordées à chaque compagnie aérienne et qu’il faut compenser en cas de dépassement. »
Pour bien comprendre les enjeux, qui ne peuvent se limiter à ceux, déjà complexes, du changement climatique, Philippe Fonta rappelle la définition du développement durable, qui consiste à « répondre aux besoins du présent sans compromettre les capacités des générations futures à répondre aux leurs. La croissance du trafic aérien, de l’ordre de 2 à 3 % annuels en Europe et de plus de 6 % en Asie et en Afrique, prouve qu’il existe un réel besoin -. Il faut donc trouver des solutions pour décarboner cette activité et lui permettre de poursuivre son développement en réduisant son impact environnemental. »
Imaginer de nouvelles propulsions
La première série de solutions repose sur l’amélioration technologique des avions, moteurs et systèmes. Comme chaque tonne de kérosène consommé émet 3,16 tonnes de CO2, réduire la consommation fait partie des principaux axes de travail. Il s’agit aussi de l’un des principaux coûts opérationnels directs pour les compagnies aériennes : le secteur travaille donc sur l’efficacité énergétique depuis des décennies. Avec des résultats probants : une réduction de plus de 54 % des émissions depuis 1990 ! « Chaque nouvelle génération d’avion consomme 15 à 20 % de moins que la précédente, souligne Philippe Fonta. Mais l’aviation s’inscrit dans le temps long, avec un renouvellement des flottes qui peut prendre plusieurs décennies. En parallèle, les constructeurs travaillent également à des alternatives au kérosène. »
L’hydrogène présente ainsi de nombreux atouts, à condition qu’il soit « vert » : c’est-à-dire produit par l’électrolyse de l’eau à partir d’énergies décarbonées (renouvelables). Des premiers vols sont envisagés à l’horizon 2040 par Airbus, avec de nouveaux types d’avions. Il faudra donc encore plusieurs années avant de disposer d’avions à hydrogène transportant des passagers de manière régulière, que ce soit par une propulsion directe ou par l’usage de piles à combustible.
Alimentées en hydrogène, les piles à combustible produisent l’électricité nécessaire au vol, tout en s’affranchissant de batteries embarquées. « Étudiées par les industriels, ces innovations sont aussi un défi logistique puisque les aéroports mondiaux devront disposer des technologies et des équipements capables de recharger les nouveaux aéronefs. L’aviation à hydrogène se développera à la condition qu’une filière hydrogène se développe en parallèle. Bureau Veritas est très actif dans l’accompagnement, les guides méthodologiques et les vérifications pour permettre le développement de la solution hydrogène. »
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Concevoir des carburants «verts »
Le deuxième volet de mesures concerne les “carburants durables”, ou SAF. Les sustainable aviation fuels (SAF) présentent l’avantage de fonctionner avec les aéronefs existants et de limiter l’aménagement des infrastructures aéroportuaires actuelles. Pourquoi ? En raison de la nature même de ce carburant, produit en limitant le recours à l’extraction de pétrole et à partir de ressources qui absorbent du CO2. « Il est possible de récupérer des effluents industriels ou de passer par des biocarburants, illustre Philippe Fonta. Cette filière très prometteuse et en plein développement, réduit jusqu’à 70 % les émissions de CO2 des carburants sur leur cycle de vie ! »
Le troisième levier repose sur l’amélioration opérationnelle. Ces dernières années, les compagnies ont déjà pris de nombreuses mesures pour réduire leur consommation, vol par vol. Par exemple, en effectuant le roulage avec un seul moteur allumé. D’autres solutions existent, comme l’optimisation des routes aériennes pour réduire le temps de vol et l’optimisation des temps d’approche et d’attente avant d’atterrir. Ces plans de vol plus performants nécessitent aussi l’implication du contrôle aérien, et donc des autorités.
À bord, des solutions existent également, comme la réduction du poids des sièges et des galleys (l’espace cuisine de l’avion). « Chaque geste compte ! Cela se joue parfois sur des détails, comme les magazines d’information des compagnies et ceux pour les produits duty free disponibles à bord. Baisser le grammage du papier peut permettre de gagner 20 grammes par exemplaire. Ça ne paraît rien, mais multiplié par le nombre de magazines à bord et le nombre de vols dans l’année, ce sont in fine plusieurs centaines de milliers de litres de carburant économisés ! Et donc, des émissions de CO2 en moins. » Remplacer les couverts en métal par des couverts en bois ou demander aux passagers de choisir avant le vol leur repas contribue aussi à diminuer le poids de l’appareil.
Autre exemple : dans le cockpit, la documentation technique des pilotes, transférée en 20 ans d’épais dossiers au format papier vers des fichiers stockés sur tablette, représente environ 10 kg de moins par vol.
Accompagner la transition du secteur
Enfin, le dernier levier concerne les mesures économiques, avec par exemple les nombreuses redevances prélevées… à condition qu’elles soient réinvesties dans le secteur pour financer la recherche et le développement de solutions décarbonées !
« Avec une expertise de plus de 100 ans dans l’aéronautique, Bureau Veritas accompagne ce mouvement de fond, souligne Philippe Fonta. Nos experts sont en mesure d’intervenir auprès des différents acteurs, par exemple pour vérifier les relevés de consommation de carburant. Essentiels pour assurer la fiabilité de l’information et, ensuite, la distribution des unités d’émissions dans le cadre du CORSIA (Régime de compensation et de réduction du carbone pour l'aviation internationale) par exemple. L’accompagnement des aéroports dans leur démarche d’accréditation carbone et la formation sont également des services proposés par Bureau Veritas.
En matière de SAF, les équipes de Bureau Veritas vérifient le caractère vertueux du produit sur l’ensemble de son cycle de vie, pour s’assurer que ce carburant réduit vraiment les émissions de CO2 et s’inscrit réellement dans un développement durable, selon des critères définis par l’Organisation de l'Aviation Civile Internationale (OACI). Par exemple, des terres agricoles ne doivent pas être converties pour servir à la production de SAF !
Bureau Veritas Pologne travaille notamment sur ces sujets, qui revêtent une dimension internationale. Avec une présence mondiale, Bureau Veritas dispose de l’expertise et des équipes pour accompagner la décarbonation de l’aérien ! »