Agriculture et écologie : quand la santé des sols devient stratégique
Comment distinguer les engagements concrets des promesses marketing ? Face aux défis de l’écologie pour le monde de l’agriculture, l’Indice de régénération des sols constitue une boussole pour accompagner les filières dans leur transition. Reconnu scientifiquement, cet outil fait déjà partie des piliers de l’agroécologie. Explications.
Sur une exploitation agricole, rien n’est évidemment possible sans le sol ! Il permet notamment l’infiltration de l’eau jusqu’aux nappes phréatiques, stocke le carbone et abrite une biodiversité riche et variée, essentielle à l’équilibre des cultures.
« Maintenir la bonne santé des sols, c’est favoriser celle des plantes et des humains », souligne Nina Bigaud, ingénieure agronome et responsable de la Démarche de régénération au sein de l’association « Pour une agriculture du vivant » (PADV).
Pour que les sols restent fertiles, les agriculteurs s’engagent dans une démarche de progrès consistant notamment à maximiser la couverture des sols, diversifier les espèces cultivées, limiter le labour profond et privilégier l’usage d’intrants organiques.
Depuis sa création en 2018, PADV défend ces principes. L’association revendique un rôle de tiers de confiance dans la transition agroécologique des filières agricoles et alimentaires. Elle fédère agriculteurs, coopératives, industriels et financeurs autour d’un objectif commun : replacer le vivant, et donc le sol, au centre de leurs préoccupations.
Comment évaluer la qualité des sols avec l’Indice de régénération
Pour traduire ces principes en indicateurs mesurables, PADV a créé « l’Indice de régénération1 ». un outil co-construit avec des agriculteurs pionniers, des agronomes, un conseil scientifique indépendant et validé récemment par une Revue internationale à comité de lecture, Sustainable Futures
Outil inédit, l’Indice de régénération évalue de manière objective le niveau de performance agroécologique d’une exploitation sur plusieurs axes:
- le sol (taux de couverture, travail du sol et son intensité) ;
- la plante (indice de fréquence des traitements phytosanitaires, stratégies de régulation) ;
- le paysage (diversité cultivée, ressources pour les auxiliaires) ;
- la formation continue des agriculteurs.
Concrètement, chaque exploitant est évalué par un technicien habilité qui renseigne ses pratiques sur la plateforme numérique agroecologie.org. Il obtient alors une note sur 100 : c’est l’Indice de régénération.
Cette première note dresse un état des lieux initial mais le référentiel se veut dynamique. L’idée reste de placer l’exploitant sur une trajectoire de progrès. « Accompagné par un technicien, l’agriculteur identifie les leviers techniques pertinents pour aller encore plus loin et améliorer son score », détaille Nina Bigaud.
L’exploitant a tout à gagner : s’il dépasse la note de 40/100, il est considéré comme « engagé dans une démarche agroécologique ». Ce niveau déclenche l’obtention de primes ou de financements bonifiés, accordés par des banques partenaires de l’initiative.
Une méthode solide pour valider l’Indice de régénération des sols
Pour rendre l’Indice de régénération crédible, la vérification de la Démarche de régénération par un tiers indépendant s’impose. C’est là qu’intervient Bureau Veritas. « Notre mission consiste à garantir la cohérence entre les données déclarées et la réalité observée sur le terrain », explique Arthur Sillan, responsable d’affaires chez Bureau Veritas.
L’audit se déroule à tous les niveaux de la filière :
- contrôle sur site pour les agriculteurs ;
- vérification comptable et traçabilité des volumes chez les coopératives et organismes de stockage ;
- examen des flux et des communications des industriels ;
- audit annuel de la procédure qualité de l’association.
« Dans l’agroécologie, beaucoup d’initiatives privées se basent sur des systèmes d’auto-déclaration qui n’ont pas notre niveau de contrôle et d’exigence, souligne Nina Bigaud. Avec Bureau Veritas, nous plaçons le curseur au bon niveau pour renforcer la confiance. »
Pour aller plus loin :
Un outil concret pour développer l’agroécologie
Surtout, l’indice s’inscrit dans un parcours de transformation plus large : la Démarche de régénération. Elle concerne les coopératives, acteurs de l’industrie agroalimentaire et distributeurs, avec un objectif : promouvoir les principes de l’agroécologie dans toute la filière.
« L’Indice de régénération, avec ses indicateurs mesurables et comparables, sert de langage commun pour tous les acteurs de la chaîne de valeur, explique Nina Bigaud. Concrètement, les grands groupes se fixent des objectifs de transition agroécologique et les contractualisent avec tous leurs partenaires, de la ferme à l'industriel en passant par la coopérative ».
L’association va désormais encore plus loin pour dépasser l’échelle de la filière. « Nous avons lancé l'initiative COVALO pour créer des coalitions d’acteurs publics et privés à l’échelle du territoire. Le but ? Accompagner techniquement et financièrement la transition agricole », annonce Nina Bigaud. L’Indice de régénération constitue un outil de pilotage pour fixer des objectifs de transition agroécologique.
Après 8 ans d’existence, PADV continue ainsi d’imaginer des stratégies de transition innovantes, adossées à des indicateurs objectifs et vérifiés. L’ambition reste intacte : promouvoir le plus largement possible les principes de l’agriculture du vivant.
Et dans un paysage saturé d’allégations vertes parfois trompeuses, cette méthode a reçu début 2026 une preuve robuste de son sérieux. Une étude publiée par la revue internationale « Sustainable Futures » valide la méthodologie de l’Indice de régénération. « Cela confirme la cohérence de notre approche et la solidité scientifique de cet outil », conclut Nina Bigaud.
1. https://agricultureduvivant.org/agir-ensemble/indice-de-regeneration/