PME, ETI, TPE : pourquoi la RSE n’est plus une option ?
Obligation réglementaire pour certaines entreprises, la RSE est aussi un choix stratégique volontaire pour d’autres… C’est le cas notamment de nombreuses PME, ETI et TPE. Au-delà de la réponse aux exigences des grands groupes, s’engager dans une démarche RSE devient pour elles un moteur de différenciation et de performance. Explications.
Un coup d’arrêt sur les priorités environnementales et sociales ? Si le “paquet Omnibus” allège considérablement le champ d’application de la CSRD, certaines entreprises font le choix de ne pas ralentir. Même si elles ne sont pas ou plus concernées par la fameuse directive, un grand nombre de TPE, PME et ETI ont bien compris l’intérêt de la démarche et n’entendent pas reléguer ces sujets au second plan. « Il est nécessaire de développer des approches qui ont du sens et favorisent l’engagement, notamment sur la décarbonation », affirme David Ninot, Directeur commercial Île-de-France chez Bureau Veritas.
Première raison : les grandes entreprises engagées dans des stratégies RSE ambitieuses attendent de leurs partenaires qu’ils suivent le mouvement. En cascade, les obligations de reporting s’imposent à de plus en plus d’acteurs. « Nous sommes tous le « scope 3 » de quelqu’un, souligne Stéphane Miet, chef de projet RSE carbone chez Bureau Veritas, en référence à la prise en compte des émissions carbone de l’ensemble de la chaîne de valeur... De nombreux donneurs d’ordre exigent des preuves tangibles de la part de leur écosystème. Aujourd’hui, une PME sur trois a déjà dû transmettre des informations RSE à ses parties prenantes. Demain, ce sera 100 %. »
Des effets sur toute la chaîne
Exemple chez Equans, qui accompagne la transition énergétique, numérique et industrielle avec des solutions innovantes. 95 % des émissions du groupe proviennent de sa chaîne de valeur. « Notre objectif est de réduire ces émissions de 52 % d’ici 2030 en intensité, explique Cécile Texier, Chief Sustainability Officer du groupe. Cela suppose que nos fournisseurs réalisent un inventaire de leurs émissions et qu’ils publient régulièrement leurs avancées. »
Chez Enedis également, Eliza Mahdavy-Turcat, directrice RSE, insiste sur la logique de co-construction : « Nous avons bâti une feuille de route RSE commune avec nos fournisseurs et prestataires, dont plus 40 % sont des PME de moins de 50 salariés. L’idée ? Progresser ensemble, sans laisser personne au bord du chemin. »
Comment ces grands groupes concrétisent-ils l’intégration des enjeux RSE dans leur écosystème ? Cela passe par la signature de chartes d’engagement, des comités de pilotage ou encore des « climate meetings » réguliers, où donneurs d’ordre et sous-traitants échangent sur les attentes et les progrès réalisés.
Pour aller plus loin :
Transformer la contrainte en opportunité
Un travail de concert essentiel pour faire de la RSE un avantage à tous les niveaux de la chaîne de valeur. Car si elle apparaît encore souvent comme une contrainte coûteuse, de nombreux exemples prouvent au contraire que la RSE constitue un levier d’innovations et d’économies.
C’est le cas chez Enedis, dont les chantiers de raccordement au réseau électrique génèrent beaucoup d’émissions de gaz à effet de serre. « Pour décarboner l’activité, nous avons opté pour le réemploi des terres excavées lors de ces chantiers, explique Eliza Mahdavy-Turcat, directrice responsabilité sociale et environnementale d’Enedis. À la clef une réduction de 60 % des émissions, en moyenne pour chaque chantier, sans coût supplémentaire. Une solution à la fois écologique et économique ».
Autre exemple avec la branche Electrification d’ABB France, leader mondial des technologies d'électrification et d'automatisation. « Chaque année, des centaines de bornes de recharge pour véhicules électriques doivent être détruites car elles ne sont plus en état, avec un coût élevé et un impact négatif sur l’environnement », détaille Julien Colas, directeur du développement durable d’ABB France. La solution trouvée : mettre sur pied la première filiale française de bornes de charge reconditionnées pour véhicules électriques, sur le principe de l’économie circulaire. « Nous allons ainsi éviter 1 tonne de déchets électroniques et proposons désormais cette nouvelle offre à nos clients ».
La contrainte se transforme alors en opportunité commerciale. Et la RSE, en moteur de compétitivité. « Aujourd’hui, il est impossible de développer son chiffre d’affaires sans stratégie RSE, estime Julien Colas. Les clients posent des questions de plus en plus précises, que ce soit sur l’éco-conception des produits ou le respect de la biodiversité. »
Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : « Les PME qui adoptent une stratégie RSE sont en moyenne 13 % plus performantes que leurs concurrentes en retard sur ces sujets », ajoute Stéphane Miet.
Comment lancer sa stratégie RSE en tant que PME ?
Pour les petites entreprises, le mot d’ordre est le pragmatisme. Pas question de tout mener de front, mieux vaut procéder par étapes :
- identifier et hiérarchiser les parties prenantes ;
- définir les enjeux RSE propres à l’entreprise, les objectifs et les indicateurs ;
- établir un plan d’action.
« Echanger avec ses clients reste essentiel, conseille Julien Colas. Il ne faut pas hésiter à les sonder sur les sujets RSE qui les intéressent en priorité et à construire une stratégie en ce sens ». Car il est essentiel de faire, mais aussi de faire savoir. « Se doter d’une stratégie RSE claire et savoir la valoriser permet de changer de stature par rapport à ses donneurs d’ordre, ajoute Muriel Barnéoud. On ne discute plus seulement avec les acheteurs mais aussi avec les directions RSE de ces grands groupes ». L’entreprise passe alors de simple fournisseur à véritable partenaire. « Il s’agit d’assurer la pérennité de son activité, de renforcer son attractivité et d’accéder à des opportunités de marché et de financement », résume David Ninot.
Bureau Veritas accompagne d’ailleurs les PME, ETI et TPE dans l’élaboration de leur stratégie RSE et les aide à s’y retrouver. « Toutes les entreprises font de la RSE, même sans le savoir, mais il est aujourd’hui nécessaire de structurer sa démarche, de la valoriser et d’agir sur ses principaux enjeux ». Les équipes Bureau Veritas apportent leur expertise pour établir des bilans carbone, des plans de transition, des formations ou encore accompagner à l’obtention de labels.
La RSE n’est plus une option, c’est une condition pour rester dans la course et une opportunité pour se différencier ! Pour cela, les TPE / PME disposent d’un atout de taille : la confiance des citoyens. Selon une étude OpinionWay d’août 2025, 76 % des Français ont confiance dans les PME et TPE. Un capital précieux, qui leur donne une responsabilité particulière : celle de mettre leur dynamisme au service d’une stratégie RSE durable.