Immeubles à ossature bois : pourquoi ils sont une solution d’avenir

Immeubles à ossature bois : une solution d’avenir

28 nov. 2019 - 2 min

Le 11 juin dernier était inaugurée à Strasbourg la plus haute tour bois de France. Paré de vertus  écologiques et économiques, ce matériau est en passe de (re)devenir une solution de premier plan pour le secteur de la construction, malgré de forts enjeux de certification. L’immeuble de demain sera-t-il 100% bois ?

“C’est une prouesse technique mais ça semble aussi très agréable à habiter !” La Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Emmanuelle Wargon, s’avoue impressionnée de l’ensemble “Sensations” inauguré en sa présence. Pourquoi ? Car son bâtiment principal est aujourd’hui la plus haute tour à ossature bois de France : 11 étages pour 38 mètres de haut.

Un record qui se mue en tendance de fond ?

D’autres constructions bois contrôlées par Bureau Veritas sont récemment sorties de terre sur le territoire : citons Ywood “Docks Libres” ou encore la tour Treed it à Marne-La-Vallée (Vinci), contrôlée par Bureau Veritas. S’il s’agit aujourd’hui de constructions iconiques où l’enjeu d’image est grand, cette alternative semble bel et bien en train de s’imposer. La construction d’immeubles de grande hauteur en bois est facilitée par la Loi Elan qui définit la préfabrication. Elle est aussi rendue nécessaire, tant par l’impact des dernières réglementations que par la demande croissante de clients immobiliers face à une prise de conscience environnementale.

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Normes : vers les bâtiments passifs à faible impact carbone

Depuis 30 ans, les normes thermiques successives ont permis de diviser par 5 la quantité d’énergie consommée des bâtiments. La réglementation RT2012, notamment, a conduit la filière construction à investir pour mieux isoler les bâtiments. En revanche, “si ces normes et matériaux ont contribué à diminuer la consommation énergétique des bâtiments, ils ont augmenté leur énergie grise, c’est-à-dire leur impact carbone”, rappelle Paul-Eric Salanson, chef de projet qualité environnementale des bâtiments chez Bureau Veritas Construction. En effet, l’utilisation massive de laine de verre, polyuréthane et autres matières isolantes ont une forte empreinte carbone.

Aujourd’hui, les normes et les certifications les plus avancées – HQE® Bâtiment Durable, BREEAM®, LEED ou encore NF-Habitat HQE® – intègrent l’impact environnemental des matériaux. “Ce sera également le cas de la RE2020, Règlementation Environnementale 2020 remplaçante de la RT2012 Réglementation Thermique 2012 confirme Paul-Eric Salanson. Et dans ce nouveau paradigme, le bois va avoir un rôle important. C’est ce qui est retranscrit de l’acronyme de la réglementation “E+C-” pour les bâtiments à énergie positive et réduction de l’impact carbone. L’utilisation massive du bois permet d’agir à la fois sur le C et sur le E”. Les normes de demain jouent donc nettement en sa faveur.

Forts impacts écologiques et économiques

D’autres atouts pourraient permettre à la construction bois de prendre enfin des parts de marché. Le bois est une ressource renouvelable s’il est issu de forêts gérées durablement. L’origine biosourcée est donc très différenciante, car comme le rappelle M. Salanson, d’un point de vue environnemental “à service équivalent le bois aura un bilan carbone quasiment nul – hors processus de transformation et transport”.

Mais l’ossature bois possède un autre avantage majeur, économique cette fois : elle permet de réduire le délai de construction. “Nous allons vers des systèmes constructifs préfabriqués en usine, pour lesquels le bois se prête parfaitement”, confirme Thierry Lamadon, directeur technique de Bureau Veritas Construction. “Il s’agit d’une amélioration globale des processus de construction, de la conception aux études de faisabilité”. Enfin, la préfabrication usinée en amont permet de gagner du temps sur le chantier, au total de l’ordre de 20 % tant pour la construction individuelle que pour les immeubles. Alors, de quoi faire feu de tout bois ?

Des enjeux de structuration de filière

Tous les voyants ne sont pas encore au vert pour les constructions 100 % bois. Pas si simple, des obstacles demeurent. La première difficulté est l’industrialisation insuffisante de la filière, entraînant plus de recherche pour l’approvisionnement, et un coût encore élevé de cette matière.

Il existe également des enjeux techniques sur la pérennité du produit, ses caractéristiques mécaniques et sismiques, bien moins documentées pour le bois que pour d’autres matériaux. Thierry Lamadon rappelle le métier de Bureau Veritas Construction : “nous répondons aux attentes de nos clients sur une mission de contrôle technique, c’est-à-dire de prévention des risques”. Et Thierry de préciser : “Pour garantir un ouvrage à ossature bois, il semble aujourd’hui préférable d’y ajouter une mission de normalisation des risques, incluant une assurance qualité et une maquette numérique de projet qui gère les interfaces et les aléas techniques. Alors, on peut envisager une certification de projet suite aux vérifications thermiques”.

Par exemple, comment appréhender correctement le risque incendie sur les constructions bois ? “La méthode Ingénierie de la Sécurité Incendie (ISI) s’appuie sur un scénario d’incendie codifié par une commission de sécurité. Elle comporte un certain nombre de paramètres, dont une étude de sensibilité relative aux surfaces exposées. Si elle est réalisée suffisamment en amont, on peut envisager des actions de protection passives pour un ouvrage bois, moyennant un surcoût raisonnable du projet”.

L’avenir sera en ossature bois

Actuellement, Thierry Lamadon accompagne les équipes de Vinci Construction sur la préparation de la construction à ossature bois du futur siège régional d’une banque à Strasbourg, qui franchira de nouveaux records à sa finalisation en 2022 : “un peu plus de 60 mètres de hauteur, juste en face du Parlement Européen”. Des relevés télémétriques vont être réalisés pour analyser la résistance de l’ouvrage dans une certaine gamme de fréquence sismique ou venteuse. Ces études renforceront la documentation technique disponible pour l’avenir de toute la filière de la construction bois, et devraient contribuer à transformer une tendance en parts de marché.

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